PRÉVENTION DU RISQUE – Un outil pour sortir la tête de l’eau (Mathieu Delagarde)

Actus

En situation de crise, les élus, surtout dans les petites communes, sont souvent submergés par l’ampleur des tâches. Numérisk, start-up rochelaise, a créé une plateforme numérique collaborative permettant une prise en main rapide de la situation.

Xynthia venait juste d’avoir lieu, et la prévention du risque est apparue comme un enjeu majeur, surtout dans notre région », confie Paul Heymes, créateur de la start-up rochelaise Numérisk(1). Après une licence à Orléans, l’étudiant arrive à La Rochelle en 2012 pour son master de géographie de l’Environnement, avec une spécialisation dans la « gestion du risque submersion et érosion côtière ». Il effectue son stage de fin d’études au Château d’Oléron, où on lui confie la rédaction du Plan communal de sauvegarde (PCS), document administratif imposé par l’Etat à quelques 12 000 communes en France. Chaque collectivité doit y recenser l’ensemble des risques présents sur son territoire, ainsi que les moyens pour y faire face. « J’ai alors constaté les difficultés pour une petite commune à mettre en place cet outil et à le faire vivre. Il est davantage perçu comme une obligation légale que comme un outil de prévention du risque ».

Aide à la décision

Ce document, pourtant essentiel, finit bien souvent au fond d’un tiroir, quand il ne sert pas de cale armoire, jusqu’au jour où on en a besoin. Lorsque c’est le cas, il faut pouvoir mettre la main dessus, espérer qu’il n’ait pas subi les effets de la crise (une submersion marine par exemple) et surtout feuilleter les quelques 300 pages pour retrouver les procédures à suivre. Pas simple, surtout en situation de stress. Il s’associe alors à un ingénieur informatique, Amaury Fischer, à qui il confie le développement du nouvel outil. « Mon idée a été de transférer le PCS sur une plateforme numérique pour le rendre plus pédagogique, intuitif et immédiatement opérationnel, explique le jeune entrepreneur. Car en période de crise, il n’y a pas de temps à perdre, et tout le monde peut avoir un ordinateur sous la main ».

Autre avantage évident : la possibilité pour plusieurs personnes de se connecter simultanément à l’interface, et d’échanger en temps réel de précieuses informations. Numérisk propose aussi une cartographie de la commune, qui permet en un coup d’oeil, grâce à la géolocalisation, de voir où se situe le risque (zones inondables, zones de feux de forêt, de risque technologique etc) et où se trouvent les ressources communales. Un simple clic permet par exemple de visualiser sur la carte : les personnes à secourir en urgence (personnes âgées, handicapées etc), l’ensemble des médecins disponibles, le matériel et son lieu de stockage (packs d’eau, couverture de survie, remorques, groupes électrogènes etc), les lieux de mise en sécurité des habitants, les personnes à joindre ainsi que l’ensemble des procédures à suivre. Surtout, chaque membre de la cellule de crise peut, depuis son PC, actualiser les données en temps réel et les partager avec l’ensemble des services de secours, ce qui permet de gagner de précieuses secondes. Et le principe collaboratif permet à toutes les communes équipées du système de partager leurs informations, mutualiser leurs moyens et gagner en efficacité. « Lors d’un exercice, nous avions besoin d’une remorque. Sur la carte, on pouvait voir qu’une commune voisine en avait une à disposition », explique Paul Heymes.

Paul Heymes et Amaury Fischer, les deux
créateurs de la start-up.

Test grandeur nature

Quant à l’interface « main courante », elle permet de noter tous les évènements et les décisions en direct, offrant une traçabilité et un bilan de la gestion de crise essentiel pour l’avenir. Lancée en 2019, la start-up réfléchit déjà à une levée de fonds pour fournir encore davantage de services à ses abonnés (trois formules de 500 € à 3000 € par an), ce qui passera probablement par des partenariats avec d’autres structures spécialisées dans le risque. On pense notamment à Survey 17, outil développé par l’université de La Rochelle qui permet de simuler tous les types de tempêtes et leurs conséquences en terme de submersion, ou à Gedicom, société rochelaise spécialisée dans l’émission et le recueil d’informations urgentes et confidentielles. « Regrouper l’ensemble des outils de prévention du risque sur une seule et même plateforme, ça serait génial ! », s’enthousiasme Paul Heymes. Lequel envisage également un recours à la veille internet (I-veille), ces données collectées par les réseaux sociaux qui fournissent de l’information quasiment en temps réel. « On voit, par exemple lors d’attentats, que les premières alertes viennent du terrain, à travers un tweet, une vidéo ou une photo ».

Numérisk a déjà réussi à convaincre quatre collectivités (La Brée-les-Bains, le Château d’Oléron, Saint-Trojan et Angoulins), mais d’autres, qui suivent avec attention la jeune start-up, devraient suivre après les élections municipales, notamment du côté d’Aunis-Atlantique. « Dans les circonstances du changement climatique, les phénomènes vont se multiplier, et les communes vont devoir se doter d’outils de plus en plus performants », estime Paul Heymes. Dernièrement, Numérisk a pu tester son outil en grandeur nature, la commune d’Angoulins lui ayant confié sa gestion de crise pendant l’exercice « submersion 17 » des 27 et 28 novembre dernier. Pour le directeur général des services de la mairie, l’expérience « s’est révélée extrêmement concluante ».

(1) Hébergée depuis septembre 2018 en pépinière d’entreprises Créatio@Tic, elle est accompagnée par La Rochelle Technopôle. www.numerisk.fr

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